Anywhere 2026
Comme en 2025 "anywhere" parce qu'avant de mettre les voiles on ne sait pas trop où les vents nous mènerons. Mais pour être honnête il n'y pas que le vent dans la balance! Le compteur tourne et donc moins de force physique, moins de résistance à la fatigue, bref moins de niaque (et pas seulement pour les longues navs, puisqu'aucune sortie dans les eaux locales malgré de beaux créneaux météo, ni aucun déplacement terrestre depuis janvier pour faire la tournée des amis ou de la famille). Mais cela n'empêche pas, avec un certain déni, de faire comme si rien de tout cela n'était. D'abord en envisageant une traversée vers les Antilles (en solo) pour "regroupement familial" (abandonnée puisque la famille concernée est rentrée dare-dare) puis en équipant Ilanoo pour les 18 ans à venir (voir préambule). Mais soyons un minimum lucides, fini le temps des déclarations tonitruantes pour des destinations improbables (Saint Kilda, Shetland, Orcades, Feroe tant qu'on y est!) que l'on n'atteind jamais, place au "farniente".
Tout comme les norvégiens vont passer leur vacances au Sud (qui inclut indifférement toutes les côtes méditerranéennes -peu importe Côte d'Azur, Algrave, Grèce, Maghreb, c'est le Sud-), nous c'est le Nord, qui commence .... aux Scillies (1.5° de latitude plus haut seulement, à se demander, si en fait on ne part pas déjà du Nord), jusqu'aux destinations improbables évoquées ci-dessus. Et donc pour épingler le parcours, on prépare la sempiternelle carte des Iles Britaniques.
Quoiqu'il en soit, l'intention affichée est de faire un périple (où que ce soit) qui doit pouvoir se prétendre "écolo" (faute de graal géographique on se donne les objectifs que l'on peut!), c'est à dire essentiellement un usage minimum du moteur (sous entendu: accepter d'avancer à moins de 3 noeuds, faut il y croire?), puisque pour le reste nous sommes à peu près dans les clous.
Le 12 juin l'affaire est entendue, les vents l'ont décidé, ce ne sera pas la mer du Nord
Partis le 13 juin, descente de la Rance, mouillage à Solidor sous le gros son du Breizh Vanlife Festival (dans l'enceinte de l'ex camping municipal de la presqu'ile d'Aleth). Question luxe, calme et volupté, ça commence bien!
Arrivés aux Scillies le 18 juin, après une étape coolissime à Brehat et une traversée un peu (trop) fatigante, glande magistrale essentiellement à Bryher. Les différentes traversées possibles (vers l'Irlande sud -120/150 milles-, Arklow -140 milles, Milford Haven -110 milles-) sont assorties d'un cumul de conditions qui frise l'inaccessible. Une première occasion est éliminée par un opportun dégat sur l'annexe qui nécessite réparation de quelques jours chez Bennett. Chose faite (et bien faite), une autre occasion se profile le 3 juillet, et là le "masque" tombe: plus de traversées (sauf celle du retour, incontournable), le Nord commence et finit aux Scillies, et il faut supprimer de la todo list les 1000 milles annuels "réglementaires". On ressort le fameux adage "le voilier est le moyen le plus lent et le plus inconfortable pour aller d'un endroit où on est bien à un endroit où on n'a rien à faire". Une page semble définitivement tournée, Ilanoo passe du statut de voilier de voyage à celui de mobil home flottant. Cela dit, vu le nombre de bateaux que l'on croise et recroise dans l'archipel pendant plusieurs semaines d'affillées, nous ne somme pas le seul "mobil home". Quoiqu'il en soit, le séjour aux Scillies se ramène désormais à la trilogie "marchouille, pêchouille et glandouille" et aura duré 1 mois (record à battre?) et effectivement on y était bien, sans pluie ni canicule, en T-shirt, bermuda et sandalettes. Et cerise sur le gateau, le fameux taud, qui aura surtout servi de bimini (alors que l'idée était plutôt une protection contre la pluie, voir préambule), aura permis de prendre tous les repas dans le cokpitt!
Passé la grande marée de l'été, crevettes oblige, retour assez rapide, avec 3 belles étapes au près depuis Batz (autant dire que l'appréciation n'est que celle du "capitaine"), par mer belle et soleil jusqu'au bout et même la remontée de la Rance à la voile
Au final, grosso modo le même périple que l'an passé (en milles et en jours, les 2 parcours épinglés sur la carte se ressemblent sérieusement). Si il y a une prochaine, il faudra peut être prévoir une autre appellation que "anywhere 202x" (on n'ose plus envisager 203x) pour élargir le champ!
Coté ambition "écolo" on aura effectivement amélioré le bilan carbone (22h de moteur vs 35h l'an passé), la consommation d'eau douce est restée comprise entre 10 et 15 litres par jour à 2 (150l par jour et par personne dans la vie terrestre parait-il), on a ramené la moitié des cubis et même la bouteille de champagne, plus sobre tu meurs! Aucune escale marina, sentiment d'indépendance totale, ça fait du bien.
Post Scriptum: "terrorisé" à l'idée d'un brouillage du système GPS (apparemment cela se produit en mer Baltique) le "capitaine" s'était activement préparé:
- révision des principes de la navigation astro, remise en état du sextant, chargement des applis idoines, entrainement avec horizon artificiel, etc..
- vérification que le glaucome était "compatible" avec le compas de relèvement et le sextant, et que la cartographie électronique permettait bien de reporter lesdits relèvements.
Mais manifestement les brouilleurs russes n'atteignent pas la Manche. Et on n'aura même pas joué à faire comme si... La fainéantise à son extrème!