Batterie neuve mise ne place, retour au mouillage préféré, pas vraiment nommé sur les cartes marines ou terrestres, qu’apparemment les locaux appellent "la grève de l'église".
Vent de WNW 20 nœuds, sous génois partiellement enroulé seul (l'envoi de la grand voile avec un ris a fait l'objet d'un âpre débat à bord, et a donc été abandonné. Pour ne pas prendre de risques dans les chenaux de l'Arcouest, nous passons au large de l'ile Saint Riom. Au moment où nous nous sommes trouvé face à l'entrée du "trou de souris", pile face au vent, on entreprend d'enrouler le génois (opération un peu longue -on ne winche pas à 73 ans comme à 20, 30 ou 40) qui nous amène un peu plus nord, puis on pointe vers l'entrée au moteur, à 4 ou 5 nœuds. Connaissant parfaitement les lieux mais "distrait" par la présence d'un bateau ami, nous faisant de grands signes interprétés comme "coucou nous sommes là" qui s'avéreraient plus tard comme voulant dire "ne passez surtout pas par là", nous sommes passés, à 18h10, au dessus d'un banc rocheux couvert à l'heure de la marée haute (voir panorama du parcours). Choc pas franchement violent (moins qu'à Sein en 2022, on the rock again donc), mais ça passe, le fusible du safran n'a même pas sauté.
Marie s'aperçoit très rapidement que beaucoup d'eau rentre dans le bateau, et décision est prise d'aller s'échouer au plus vite sur une cale que l'on connait bien, puisque c'est précisément la marée haute, à 1000m de là (1000m à 5 nœuds c'est 6 ou 7 mn de temps de parcours). Manifestement le bateau s'enfonce assez rapidement. A une centaine de mètres de la cale le moteur s’arrête , mais on a suffisamment d'erre pour aller s'échouer, avec plus beaucoup de franc bord (voir fin du "panorama du parcours"). Il est 18h20, la marée haute à 18h11, l'eau ne rentrera pas plus. Quoiqu'il en soit, il s'en est fallu de quelques minutes pour qu'Ilanoo ne finisse par le fond!
Les amis en question viennent nous voir en annexe, pour constater la situation et qu'il ne peuvent pas grand chose pour nous à cet instant. Le CROSS est appelé pour expliquer que l'on est en "sécurité", au moins jusqu'à la prochaine marée haute (qui sera plus haute puisque les coefficients augmentent) et qu'il serait bon de prévoir un dispositif assurant la flottabilité du bateau. Le CROSS prévient la SNSM qui devrait arriver "au plus vite" avec une motopompe pour vider le bateau, rempli d'au moins 1m d'un mélange d'eau de mer et d'huile moteur puisque celui-ci s'est retrouvé sous l'eau.
Même avec les batteries sous l'eau, l'électronique aura fonctionné jusqu'au bout, permettant à Marine Traffic de suivre Ilanoo jusque sur la cale!
Comment est il possible qu'en connaissant parfaitement le côté mal pavé les lieux , fréquentés maintes fois, j'ai commis cette erreur de navigation? Un quart d'heure avant, dans les chenaux de Paimpol, j'avais les yeux rivés sur la carte. Et puis là, à l'entrée d'un passage étroit, plus rien, plus de consultation de la carte, plus d'observation visuelle de la situation! Rien, le nez en l'air, la fleur au fusil, totalement ailleurs! A postériori j'ai l'impression étrange d'avoir tout simplement oublié qu'il y avait danger, que le courant avait tendance à déporter vers le nord, qu'il fallait vérifier rester dans l'axe de l'entrée, etc, etc. OUBLIé !!!!!! Il y a eu d'autres accidents, en prenant des risques inutiles (caillou à Sein en 2022), des défauts de veille (collision avec un pêcheur 2013), mais toujours conscient de la situation. Mais là non, le néant neuronal!