Un vent d'est soutenu à l'arrivée et un gros quiproquo avec les Soroko sur le point de chute, nous ont poussé à mouiller à New Grimsby devant une "plage de rêve", à l'abri du clapot et des vagues des navettes, par ailleurs quelque peu effarés par le nombre de bateaux entre Bryher et Tresco. Sans surprise on s'est fait virer par le harbour master, et donc déplacement à Great Porth (objectif initial mais abandonné à cause du quiproquo), pour se retrouver à 5 bateaux, beaucoup trop pour cette petite anse, jusque là quasiment pas fréquentée. Mais, comme les Ebihens, comme Chausey, et comme certainement plein d'autres endroits, forcément décrits un jour ou un autre, dans une revue ou sur un site web quelconques, ou pire, sur instagram ou équivalent, comme le petit mouillage secret et idylique (tant qu'à faire), la technologie facilitant toute navigation même au milieu des cailloux, alors les "masses" débarquent!
Le lendemain (20 juin), fin du vent d'est et promesse d'un vent d'ouest 4 ou 5, donc le déménagement à notre pied à terre de Green Bay s'impose. A peine sorti de la baie avec un gros lieu au bout de la ligne, d'un seul coup d'un seul, brouillard d'enfer, visi de l'ordre de quelques dizaines de mêtres. Navigation le nez sur l'écran obligatoire (pas le temps de remonter la pêche qui finira par s'arracher, probablement la gueule en mauvais état et avec un des hameçons de la cuillère), lequel écran consiste en un smartphone installé en répétiteur, cartographie Navionics (qui n'est pas la plus lisible dans les cailloux). Et, manifestement l'expérience ne fait pas leçon, même erreur qu'en 2022 à l'entrée de Sein, à vouloir "lire" le cap sur la carte plutôt que sur le compas. Avec le temps de rafraichissement des infos, cela se traduit par des zigzags insensés (voir la troisième image), jusqu'à ce que le bon sens revienne, et qu'on s'autorise le tour de Yellow Rock pour un lieu de la seconde chance, en vain. Confirmation donc d'un monde fou à Green Bay, il a fallu s'y reprendre à 3 fois pour enfin se caser au bon endroit (pas trop loin de la plage, pas trop près des autres bateaux, pas de cailloux sous la coque) et espérer qu'aux échouages successifs personne ne se posera sur notre ancre, et réciproquement! Là dessus se rajoute un mousquetaire club (chapeau au grand gaillard de Roscoff pour cette fidélité au bon vieux temps des Glénans), et un peu l'impression d'être comme devant la plage de Houat en pleine saison. Bref l'image de "paradis" que nous auto-entretenions en prend un coup (mais si les Scillies ne sont plus la destination fétiche accessible, avant d'autres tout aussi fétiches mais beaucoup plus lointaines, où aller?). L'une des raisons de cette foule est un rassemblement de 10 bateaux d'un même club de Christchurch, facilement reconnaissables au fait que ce sont des biquilles, ils sont tous en couple et équipés d'une paire de fauteuils pliants tous identiques (avec picnic sur la plage, ça fait une belle brochette) et la plupart signalent leur ancre d'un même petit bidon blanc. A leur départ les 23 et 24 juin, on a l'impression de respirer un peu.
Et donc, depuis ce 20 juin, re-glande totale. Météorologiquement correct (quasi pas de pluie, température tout à fait humaine pendant que la mère patrie crêve de chaud, ensoleillement suffisant pour que les panneaux solaires satisfassent leur mission). Alors, qu'est ce qui rend cette inactivité supportable pour des pesonnes qui se disent habituellement dynamiques? Peut être bien le fait que les gestes du quotidien (on ne navigue pas, donc il ne reste que le terre à terre) sont "compliqués" et du coup longs: "corvée" d'eau, de toilettes (à 200m) si la marée est basse à la mauvaise heure vis à vis des "urgences", chaque déplacement sur l'estran, transformé en une sorte de village de vacances (comme il y a des villages de camping car, de tentes, de mobil homes, etc) donnant lieu à des échanges (plus ou moins courtois selon les risques d'évitements (au sens marin, pour le coup) liès à une trop grande proximité et aux facéties du vent et des courants), et enfin les "résultats des courses" (en 6 lettres selon Michel Laclos, qui nous occupe pas mal intellectuellement) à savoir les achats, quotidiens puisque l'achalandage de l'épicerie ou des étals en libre service des fermes, se résume grosso modo à une courgette ou une salade ou 3 clémentines à chaque visite, l'autonomie alimentaire est donc très limitée. Et bien sûr, comme dans tout village de vacances, apéro chez les uns ou les autres. Et pêche à la crevette depuis le 27, bravant un "interdit" (ouverture "officielle" le 1er juillet) dont on ne trouve aucune trace sur le net, alors basta. Le 25 juin journée hyper active puisque déplacement à Tresco en annexes électrifiées (course effreinée entre un Torqeedo et une godille Temo, net avantage au premier).
28, 29, 30, .... rien de nouveau côté glande. Les Soroko sont partis le 30 pour vendre leur Ovni à Arzal (ça pend au nez d'Ilanoo mais pour l'instant procrastination et probablement encore des investissements à venir), a priori fin des co-navigations. Sinon, le tour de Bryher dans un sens, puis dans l'autre, même pas une bière au Hell Bay Hotel. Le platier se couvre et se découvre de bateaux. Baignade sanitaire un jour sur deux. On sacrifie à la tradition du homard, mais pas en take away avec cuisson à bord par la top chief, indiscutablement la "gastronomie" locale n'est pas à la hauteur. Peut être plus sensibles aux perturbations diverses que lors des passages précédents en ces lieux, le bruit de fond, pratiquement permanent en journée, de moteurs divers (à cause des navettes St Mary's-Tresco-Bryher, des encore beaucoup trop nombreuses annexes à moteur thermique, des kékés, etc, etc) parasite un peu l'ambiance, et avec un lot de mauvaise foi, rappelle les allers-retours de "petits cons" en mobylettes pétaradantes (on n'a jamais vécu de rodéo tel que les media en font écho).
Nouveau mois, nouvelle escale: le 1er juillet déplacement à Tean, par le nord, zigzagant entre Round Island, Saint Helen et Saint Martin dans l'espoir d'une pêche digne de ce nom, mais nada! Et triste constat que malgré des heures à refaire toutes les connexions (qui avaient pris l'eau), le loch est obstinément muet. Par contre se retrouver seul au mouillage, pour le coup dans calme quasi absolu, est assez jouissif. Il n'y a rien à faire sur cet ilot (pas grave, on commence à avoir l'habitude!) et comme un vent du nord-nord-ouest "soutenu" va nous scotcher ici, on pense avoir le temps d'aller chercher plus de ressources (pédestres, épicières, ...) à Saint Martin. Pour ce qui est de la marche à pied, contrat rempli en kms (tour quasi exhaustif de l'île) et en vues photogéniques. L'épicerie s'est avérée être d'une rare indigence, mais peut être normal peu de temps avant la fermeture
Le 4 juillet, un vent "fort" de secteur ouest étant annoncé pour le WE à suivre, et craignant un fetch un peu trop important depuis Tresco, décision est prise de rejoindre Old Grimsby, à l'emplacement habituel, pressentant que les règles de mouillage se durcissant aux Scillies concernant les plages au pied des holiday resorts, on se ferait virer. Ce qui fut le cas le soir, par un énorme zodiac venu de St Mary's à toute pompe, dans tellement peu d'eau que son hélice a bien brassé le sable. Mais c'est sans véritable regret, puisque il semblerait que cet emplacement habituel soit le seul endroit où une petite houle vicieusement par le travers provoque un roulis jugé insupportable à l'aune du poids des ans de l'équipage. Reste à décider d'un point de chute. 3 options: retrour à Tean (pas de "houle" mais le fetch), une des plages à l'est de Tresco, paraissant très calme du moins à marée basse, Bryher. C'est cette dernière qui est retenue, preuve que l'esprit d'aventure n'est pas notre fort (vive les terrains connus et maintes fois fréquentés!). En passant devant Pentle Bay le mouillage semble idéal, que l'on aurait pu partager avec un gros Ovni anglais, mais tant de versatilité dans les décisions n'est pas raisonnable ou au contraire la manifestation d'une certaine rigidité voire du conservatisme propre aux vieux. Pour cause de petit coefficient, peu d'eau à l'arrivée à Bryher, tentative de s'installer au milieu des biquilles (voir le commentaire à ce propos ici), manoeuvre sans dérive et safran relevé pour un endroit plus ouvert.
Donc re-glande à Bryher et reprise des rituels (eau, balades, boutique, étals des fermes...), grand frais de N jusqu'au 8 juillet (quelques déplacements d'ancre pour éviter ceux qui n'évitent pas comme nous, mais la Rocna ne lache pas 1 cm, d'ailleurs manifestement adoptée par les anglais, qui restent des marins de référence), puis la pétole s'installant, déplacement à Porth Cressa (annoncé bondé par Marine Traffic) via un rase cailloux pour la pêche, aussi infructueux que les autres. 22 bateaux, dont une meute de RMs, il y en pour quelques millions d'euros mouillés là. Et la nuit, une espéce de "voie lactée" de feux de mouillage. Le 9 on "check la todo list" avec un fish and chips à l'Atlantic Inn (le dernier doit remonter à 2017!) et évidemment à trop attendre on récolte de la déception: plus le même cuisinier ou poisson, bref on n'en fera plus un incontournable.
Balade à pieds sur la côte sud de Saint Mary, on passe devant deux mouillages duement identifiés sur les cartes, Old Town Bay et Porth Hellick, qui paraissent bien tentants (quoique sous les pistes de l'aéroport) dans les conditions du jour mais manifestement fort peu visités (si on en croit Navily) donc méfiance, méfiance, "l'aventure" n'étant plus trop au programme.
Enfin, le retour étant envisagé, le 10 déplacement les Eastern Isles, entre Little et Great Granilly, plus de phoques que de bateaux. Mouillage serein mais plus ouvert que Tean qui gardera sa médaille d'or. En fin de journée, une brume sortie d'on ne sait où fait disparaitre les voisins. C'est l'occasion de tester le radar, qui nous prouve qu'ils sont bel et bien là, tout comme les îles et les cailloux.
Au total on aura parcouru 25 milles dans l'archipel, tout au moteur et rien au bout de la ligne! Même pas posé le casier quelque part, ne serait-ce que pour le principe! P..... de compteur qui rend flemmard!
Et record battu en terme de durée d'escale, 21 jours versus 15 en 2019 lors du "rond de Manche". A quand le prochain?