une solidarité hors du commun




Sur le chemin côtier un homme promène son chien. Cet homme, Henry, marin professionnel de son état (travaillant sur des remorqueurs à Saint Nazaire et au régime 2 semaines en mer, 2 semaines à terre), habitant permanent à Bréhat, assiste à l'arrivée d'Ilanoo, comprend qu'il y a un problème et nous hèle pour savoir si on a besoin d'une motopompe. Evidemment, puisque le bateau est plein d'eau. Sur ce, on le voit téléphoner puis nous dire que la motopompe arriverait dans 20 minutes.

20 minutes plus tard arrive en haut de la cale un tractopelle mené par un dénommé Josselin (accompagné de son fils de 9 ans), marin de son état sur la barge qui gère le fret entre Brehat et Paimpol et "accessoirement" voileux, également résident permanent de l'ile. Dans la pelle, une annexe, dans l'annexe, une motopompe. L'annexe est mise à l'eau, amenée jusqu'à Ilanoo à la godille, la motopompe est installée et le vidage est lancé. L'eau dans le bateau baisse, les premiers dégâts apparaissent.

La marée est suffisamment descendue pour que l'on constate ce qui a provoqué l'entrée d'eau, une belle brèche de 80 cm de long

Alors que le bateau est quasi vide, le semi-rigide de la SNSM arrive avec une motopompe et sans moyens d'assurer la flottabilité du bateau à la prochaine marée haute. La mission de la SNSM est de sauver les vies, ils insistent pour nous (Marie et moi) ramener sur le continent. Evidemment, je refuse de planter là Josselin et Henry qui s'activent tant et plus, et la SNSM repart avec Marie qui dormira à l’hôtel de Loguivy.

OK, et pour la marée haute suivante??? Qu'à cela tienne, pour Josselin et Henry, pas de problème, on va étanchéifier. Coup de fil, et arrive un troisième larron, Didier (entrepreneur de batiment sur l'île) avec un bout de coque d'annexe plastique, du rubson, des vis inox, une perceuse sans fil, et qui me demande "goguenard", si c'est moi qui abime les cailloux autour de Brehat! Toujours est il que peu après, la brèche est bouchée, le bateau pourra flotter sans moyens particuliers pour le maintenir à flot

Pendant ce temps, Henry œuvre pour tenter de sauver le moteur qui a troqué son huile contre de l'eau de mer (huile qui se sera répandue partout dans le bateau, une fois l'eau évacuée, le plancher est une véritable patinoire):

Opération qui se sera avérée payante, voir plus loin.

Durant toutes ces activités, j'ai joué la mouche du coche, ne sachant rien faire d'autre que de donner des gâteaux au gamin et de proposer des noix de cajou et du porto aux adultes (il est pas loin de 20h).

Ces 3 gars ont littéralement sauvé Ilanoo, et n'ont cessé de répéter, normal, c'est la solidarité des gens de mer, c'est du bricolage de grève, tu ne nous doit rien, etc, etc... Avec leur pêche, leur humour et leur bonne humeur, ils ont aussi dédramatisé la situation. Je me souviendrai bien plus de ça que des problèmes  matériels de l'accident. Si Henry n'avait pas promené son chien à cet endroit à cette heure là, les choses auraient certainement pris une toute autre tournure. Un "hommage" leur a été publiquement rendu via un article dans le presse d'Armor.

Josselin m'a hébergé pour la nuit, au menu bien sûr araignée pêchée par un voisin, papotage autour d'un cubi de rouge, soirée très sympa. Le lendemain réveil à 4h30 (la barge est dépendante des marées, haute ce matin à 5h), traversée de Brehat à fond la caisse dans une remorque derrière le tracteur, pour me ramener sur la cale.

A 5h30 le semi-rigide de la SNSM est arrivé et a remorqué Ilanoo, parfaitement étanche, jusqu'à Paimpol

Paimpol où une autre forme solidarité se manifeste, moins "humaine" puisque strictement professionnelle et donc dument comptabilisée, mais néanmoins efficace et chaleureuse:

Ledit mécano, immergé dans la mécanique auto dès l'age de 10 ans par son père qui tenait un garage, qui fait de son métier une passion, n'imagine pas que l'on puisse se contenter de remplacer une pièce sans avoir tenté de la dépanner. Donc ayant constaté que le démarreur ne fonctionnait plus (quelques heures sous l'eau), démontage d'icelui, nettoyage dans l'atelier, remise en route, remontage et, miracle, le moteur repart comme s'il ne s'était rien passé. Comme pour les 3 lascars cités ci-dessus, pour qui la solidarité est une évidence, pour le mécano il allait de soi qu'un bon vieux Perkins (initialement moteur de tracteur) n'allait pas se laisser impressionner par un bain de mer. Mais il a reconnu que ce succès était lié aux mesures prises par Henry la veille.